Web 1.0, web 2.0, web 3.0, web 4.0 : une complémentarité de concepts

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Traiter des différents web n’est pas nouveau. Cependant, beaucoup parmi les articles qui les traitent les considère comme étant une “mutation” . Or, une mutation suppose que l’état initial ait disparu au profit d’un nouvel état qui, en plus de ses propriétés premières, possède de nouvelles propriétés plus développées. Ce qui se produit pourtant avec le web, c’est que les différentes “facettes” du web évoluent chacune sur leurs axes respectifs sans pousser à la disparition de la version précédente. Au contraire, chaque version du web offre un potentiel d’exploitation complémentaire.

Web 1.0 : Le webmaster et son livre électronique (1991)

Internet est avant-tout une technologie sur lequel est bâti les différents pages web, mais la véritable innovation à l’époque est invention de l’hypertexte : ces liens sur lesquels on clique pour accéder à d’autres pages web. Oui, car auparavant nous ne connaissions pas cette façon de “lire” les informations. Tout ce que nous connaissions était basé sur une lecture linéaire : les livres, la radio, la télévision, … L’utilisateur final suit un scénario préalablement défini : de la page 1 à la page 2, puis la 3 et ainsi de suite. Là il est enfin possible de “naviguer” à travers l’information. Le visiteur peut créer son propre scénario de lecture.

La toute première page web publique mise en ligne en 1991

La toute première page web publique mise en ligne en 1991

Seulement, la complexité des dispositifs existantes ne permet pas la prise en main du dispositif par un non-initié. La création, l’entretien et la mise à jour n’est accessible qu’à une élite qui possède les compétences informatiques nécessaires … ou bien qui dispose des moyens pour s’en payer les services. On se retrouve alors dans une situation ou le détenteur d’un site 1.0 se place comme étant seul maître de l’information, il est celui qui la diffuse auprès d’un récepteur-éponge, un simple visiteur dont le seul semblant d’interactivité se réduit à cliquer sur des liens.

D’un autre point de vue, ce schéma place celui/ceux derrière le site dans une position “institutionnelle” et donne une valeur plus institutionnelle, d’apparence plus fiable, à l’information qui en ressort.

Web 2.0 (social ou collaboratif) : Du simple visiteur au concept d’ utilisateur (2000)

“Le vrai “web 2.0” serait XML, CSS, SVG. Mais dans la presse “web 2.0″ est en fait la découverte par l’industrie et l’utilisateur des buts que nous nous étions fixés dès le début: la collaboration entre gens.”
Robert CAILLIAU, Co-fondateur du WorldWideWeb

Que dire de plus sinon que cette citation de l’un des créateur du web lui-même résume très bien la situation :

1) La différence entre les différents web n’est pas technologique.

Entre le web 1.0 et le web 2.0, il n’y a pas vraiment eu de grandes différences technologiques. HTML, PHP, JavaScript, … tout cela existait déjà, c’est l’interface et les usages qui en ont été fait qui ont fait la différence. Et même entre la période pré- et post-facebook c’est le même constat : facebook a juste donné une touche plus “sociale” à des services déjà existante : entre les forums et les groupes facebook, les emails et les MP, les status sur MSN et les status facebook, …

2) Web 2.0 est synonyme de collaboration.

Avec le passage web 2.0, on passe du schéma webmaitre/visiteur-passif à une relation d’égal à égal : chaque utilisateur peut être porteur de contenu. Chacun peut devenir son propre média.

En fin de compte, on se retrouve à être capable de produire notre propre flux d’informations, tout comme des millions d’autres internautes-utilisateurs, risquant de nous immerger dans un flux d’informations trop important et trop vivace pour nous laisser le temps de le traiter convenablement, ce que Dominique Wolton appelle l’infobésité

Web 3.0 (sémantique) : Quand la machine comprend les “choses” (2010)

Avec le web collaboratif, s’est initié le recours à des bases de données pour organiser le contenu. Avec le web sémantique, on a la capacité d’analyser et d’interpréter les données. De nouvelles manières d’utiliser certaines technologies (xml, rdf, …) permettent désormais de donner du sens aux contenus : auparavant le contenu le plus consistant du web n’était qu’un amas de textes et il fallait un cerveau humain pour le comprendre; le web sémantique nous place dans une dimension où “chien” n’est plus seulement une suite des lettres “c” , “h” , “i” , “e” et “n” mais désigne véritablement, aux yeux de l’humain comme de la machine, un animal à 4 pattes qui aboie.

SERP meteo Google Knowledge Graph

Taper “météo” dans Google et il vous donne la météo

Web 4.0 (symbiotique) : Immersion dans l’internet des objets

Un bracelet qui tweete vos performance au jogging, le frigo qui commande à manger automatiquement, … scénario de science-fiction? Non, l’internet des objets sous sa forme la plus simple. Le web symbiotique nous emmène dans une dimension où le monde virtuel embrasse le monde physique. On parlais déjà d’une tendance cross-média, nous sommes ici dans un univers cross-média, média au sens large.


Joël de Rosnay dévoile le Web 4.0 par SmallbrothersOrg

Là où je soutiens cette idée d’évolution du web, c’est que même à l’heure où l’on a déjà des pures produits du web 4.0 en circulation, on en rencontre encore également beaucoup qui se basent uniquement sur le modèle initial du web. D’ailleurs, des caractéristiques des versions précédentes du web se retrouvent encore dans les versions ultérieures : comme quoi, sur facebook (véritable symbole du web social), intégrer progressivement les caractéristiques du web sémantique (avec le Graph Search par exemple) ne le rend pas moins social et ne le dispense pas non plus de garder une version très institutionnelle (web 1.0). Tout simplement parce que ces concepts ne sont pas technologiques mais relatives à l’usage qu’on en fait.

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