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#Madagascar

Pourquoi les tweets de Misié Léméra sont-ils si populaires ?

Mais qu’a-t-il donc de si particulier pour s’attirer les charmes de la twittosphère malagasy ? Pourquoi @NainaAndriants1 et ses #tananantsika marche et pas @ambohimangakely ?

Et si @NainaAndriants1, le compte twitter au nom du maire de la ville d’Antananarivo, était effectivement un faux ? Après tout, quel politicien qui se respecte retweeterait les critiques de ses détracteurs, enchaîne les sarcasmes et encourage ses followers à faire de lui un meme internet. 

Soyons clair dès le départ, ce billet n’a été ni commandité, ni sponsorisé, ni relu par quiconque lié de près ou de loin au maire ou à la Commune.

Ceci étant, si l’on en croit les recommandations scientifiques billets de blog martelés par les experts rédacteurs web dans les revues spécialisées en communication numérique n’importe quel blog parlant de community management, de médias sociaux ou de tout autre bullshits tendances du numérique, la recette tient en trois ingrédients : l’authenticité, le cote humain, et la conversation (social).

Authentique.

A mon avis, une des principales raisons pour laquelle @NainaAndriants1 attire l’interaction de la communauté twitter est ce coté authentique… surtout pour une personnalité politique. Ceux qui ont connu twitter avant l’ère des captures d’écran vers facebook connaissent l’arrivée en masse de personnalités politiques et leurs comptes « @…2013 » puis « @…2018 » qui sont apparus soudainement sur twitter puis re-disparus aussitôt dès la fin des élections.

De son cote, malgré un compte qui affiche « a rejoint twitter en 2019 », le désormais maire de la ville est un twittos déjà bien connu des membres de la communauté malgache depuis les premiers #twanapero (rencontres entre twittos). Le ton, le langage, et même l’ego ont survécu a une nomination au Ministère des Affaires Etrangères et aux élections municipales. Son authenticité est désormais attestée.

Humain.

Faisons quand même la part des choses. La mairie d’Antananarivo a déjà essayé, au moins a deux reprises, de se mettre officiellement sur twitter. Déjà avec @mairietana qui consistait en une republication automatique des publications facebook entre 2010 et 2015. Puis @Cserasera entre 2016 et 2018, qui préférait cette fois les republications automatiques de liens Youtube.

Pour son mandat, il semblerait que le maire de la ville ait décidé de ne pas créer une présence institutionnalisée de la Commune sur twitter. Et d’ailleurs, pourquoi le compte twitter de la ville n’a pas juste été légué entre les administrations successives ? On pourrait aisément soupçonner un reflet notre expertise nationale en continuité de l’état.

En tout cas, les choses semblent être mieux ainsi. Grace a cette présence à la première personne qui a un sens de l’humour, assume ses sarcasmes et le second degré, le maire offre un visage humain aux rouages invisibles de la ville.

Et si les conclusions de ces chercheurs qui ont travaillé sur la crédibilité des scientifiques peuvent aussi s’appliquer aux administrations publiques, cela signifierait qu’en portant lui-même la voix de la commune il gagnerait encore plus de crédibilité et de confiance de la part des twittos d’Antananarivo.

Social.

Enfin, le compte twitter du maire d’Antananarivo engage la conversation. Mine de rien, c’est une caractéristique menacée d’extinction sur les comptes de médias sociaux de beaucoup d’institutions et organisation. Le « social » de « média social » n’a plus sons sens, relégué en machine sourde à distribution de publications.

Selon l’outil Twitonomy, les réponses aux conversations avec d’autres utilisateurs constituent 32% des tweets de Naina Andriantsitohaina. A titre de comparaison, le compte du Ministère de la Défense Nationale ( @MDN_Madagascar ) qui, en passant, fait un travail remarquable 😍 en termes de contenus, ne compte que 1% de réponses parmi ses tweets. Un monologue.

Une des explications probables à popularité de Naina Andriantsitohaina sur twitter est sa participation aux conversations. 32% de ses tweets sont des réponses a d’autres utilisateurs. Source: Twitonomy

Etre authentique, être humain, converser. Il est probable que ce soit l’explication à la sympathie de la twittosphere, pourtant réputée impitoyable et exigeante, pour @NainaAndriants1. Inhabituel, surtout avec un politicien. Pourtant le résultat est là.

Bien sûr, il aurait aussi été possible de se pencher sur l’usage des réseaux sociaux dans les cercles politiques à un niveau plus élevé. Quoique. Le manioc c’est bon mais pas tant que ça.

Mais ça sert à quoi de tweeter pour une ville ?

En attendant, d’autres administrations publiques sont allées bien plus loin dans l’utilisation des médias sociaux au cœur de ses services publics. La Ville de Jun en Andalousie est allée jusqu’à traiter toutes les demandes administratives … sur twitter.

Des chercheurs du MIT se sont penchés plus en profondeur sur cette curiosité municipale, leur réflexion est à lire ici. Bien sur, l’idée ici n’est pas de plaider pour virer les machines à écrire des biraom-pokontany au profit des tweets. Mais plutôt de changer de paradigme. Qui sait ce que ca pourrait donner si on pensait finalement les réseaux sociaux comme un véritable outil de travail, plutôt qu’une machine à énumérer des réunions.

Par Sitraka ANDRINIVO

Mes oreilles font tilt' quand on parle de présence numerique et de médias sociaux.

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